Partager l'article ! Marie Kerguelen 2: Chapitre 16 : Benoît, adoubé Père – EXTRAIT SEUL SUR LA PATERNITE Marie Kerguelen sort de mo ...
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Marie Kerguelen sort de mon ventre et vient au monde. Elle est née trop tôt, elle ne sera par réanimée, je ne suis pas au bon endroit, au bon moment. Et c’est ainsi que la vie, espérée 4 ans, portée 5 mois, nous file entre les doigts.
Quelques battements de cœur, et déjà Marie-Kerguelen quitte la terre pour gagner le ciel.
On m’anesthésie.
Benoît est seul.
Quelque chose peut s’offrir entre lui et sa fille, comme un cadeau d’éternité. Quelque chose peut se dire, qui n’appartiendra qu’à eux. Benoît peut accepter, ou refuser. Voir sa fille, la rencontrer, la reconnaître, la découvrir. Quelque chose peut se livrer là, alors que son petit corps est encore chaud, qu’il porte encore l’empreinte du ventre qui l’a abrité, et de l’âme qui l’a habité.
Benoît hésite à la regarder. On lui dit que Marie Kerguelen est belle, exceptionnellement belle.
La curiosité est plus forte que la peur. Il ne prononcera que ces quatre mois. « Je veux la voir ». Une porte s’ouvre, deux cœurs se racontent.
En rencontrant sa fille, Benoît devient père. Marie-Kerguelen l’initie à la paternité. Elle devient sa fille. J’imagine que c’est elle qui a fait le chemin, qui trace leur lien charnel et spirituel. Je ne connaîtrai jamais les détails de cette rencontre. Elle leur appartient à tous les deux. Elle est dans leur part d’incommunicable. Nous avons beau nous comprendre à demi mots, échanger, parler, il est une part de nous qui ne peut se dire. Il est une part de nous qui se joue dans un espace où les mots sont inaccessibles. Dans un lieu où ils n’existent pas.
L’inexprimable se joue dans ce passage de l’âme au cœur, dans ce lien qui nous fait et nous défait, dans ce canal qui nous creuse, nous patine, nous transforme.
C’est là que Benoît est devenu père.
On peut changer des couches, donner des biberons, faire des câlins, tirer des poussettes, offrir des jouets, réciter des devoirs et donner des punitions, ça ne suffit pas. Etre père, être mère, ce n’est pas seulement entendre un enfant vous appeler Papa ou Maman. Etre père ou mère, c’est aussi un choix, un vœu, et une initiation. C’est un lien qu’on tisse entre deux âmes, entre deux êtres, entre deux vies. Un lien qui vous change à jamais.
Quand il est monté de voir dans ma chambre, Benoît n’était plus le même.
(…)
Gaelle Brunetaud
EXTRAITS DE « Marie-Kerguelen », Editions L’Harmattan, collection « au-delà du témoignage », ISBN 978-2-296-08203-8